Reel 2 Reel 4 Real: Le Nouvel Album de Ray Wylie Hubbard
Reel 2 Reel 4 Real, le nouvel album de Ray Wylie Hubbard
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J’ai toujours été un immense fan de RAY WYLIE HUBBARD. Ne soyez donc pas étonné si parfois, vous trouvez des traces de partialité de ma part dans cette chronique 🙂 – Delta Man
Le Vieux Sage de l’Americana!
RAY WYLIE HUBBARD, la définition même du songwriter Texan, approche de ses 80 printemps (ou automnes puisqu‘il les fêtera en novembre 2026) et on sent bien qu’une certaine philosophie de la vie s’est emparé de ses vieux jours. « Vous savez, beaucoup d’artistes quand ils sortent un disque disent que c’est le meilleur qu’ils n’ont jamais fait, mais je ne vais pas dire que Reel 2 Reel 4 Real est le meilleur disque que j’ai fait, non, je dirais que c’est le meilleur disque que je n’aie jamais entendu! » Philosophe et modeste me direz-vous ? mais quand on connait l’humour second degré de Ray Wylie Hubbard, on sait pertinemment que ce n’est pas le genre d’artiste à aimer se pavaner ou chanter ses propres louanges. D’ailleurs, les affiches annonçant ses prochains concerts sont assez révélatrices de sa personnalité puisqu’il a remplacé le traditionnel Hubbard & Son (Hubbard et Fils) par Hubbard & Father, (Hubbard et Père), mettant ainsi son fils Lucas en vedette, la relève est en marche…
« Reel 2 Reel 4 Realest un disque dont je suis très fier. Tous ceux qui ont joué dessus y ont beaucoup travaillé, et j’ai eu l’impression que c’était bien de le faire. Je leur suis très reconnaissant. »
Mais comme on peut le voir sur Internet, tout cela n’empêche pas Ray Wylie de continuer à se produire à travers les États-Unis, principalement dans les états du Sud, alors qu’il se murmure que cet album Reel 2 Reel 4 Real pourrait être le dernier témoignage gravé de son talent de compositeur, ce qui, si cela venait à se confirmer, viendrait mettre un terme à sa carrière discographique.
Ce disque est le 20ème de sa prodigieuse carrière, démarrée en mode hippie seventie’s, lui qui devint populaire grâce à un coup du destin nommé Jerry Jeff Walker(Ronald Clyde Crosby pour l’état civil) quand celui-ci avait repris sa composition « Up Against the Wall, Redneck Mother » pour en faire un tube qui allait lui assurer de confortables royalties et un succès aussi inattendu qu’inespéré. C’est bien joli d’avoir du talent, mais si tu n’y rajoutes pas un minimum de chance, cela reste compliqué de se faire un nom…
Jerry Jeff Walker – Ray Wylie HUbbard
Cette histoire, comme toutes celles aussi incroyables les unes que les autres qui ont rempli les pages de l’existence de RAY WYLIE HUBBARD, je l’avais déroulée dans le podcast que je lui avais consacré en juillet 2025. Une émission qui permettait de faire sa connaissance pour les uns, et de revivre la fabuleuse épopée qui a rythmé sa vie de troubadour pour les autres. Vous pouvez réécouter cet épisode grâce au player ci-dessous :
Reel To Reel… For Real !
Reel To Reel For Real… Quel drôle de titre pour un disque non ? Pour le comprendre, il suffit juste de jeter un coup d’œil sur la pochette de ce nouveau disque pour y remarquer ce magnéto à bandes dans le fond sur lequel Ray Wylie Hubbard répète à qui veut l’entendre qu’il y a enregistré la majeure partie de ces chansons. Ce magnéto est un TASCAM 38 – 8 pistes Reel To Reel, ce qui confère à ce disque un son particulier, presque brutal, et dans tous les cas, largement éloigné des productions léchées qui séduisent la bande FM et les plateformes de streaming. Un vieil appareil donc, qui a servi à créer cette sonorité particulière et qui explique surtout ce jeu de mots du Barde Texan : Reel To Reel(pour le magneto) et For Real(pour de vrai). Pas peu fier de nous annoncer que l’album a bien été enregistré « pour de vrai » sur un bon vieux magnéto analogique à bandes…
L’Alchimiste de l’Americana…
RAY WYLIE HUBBARD a toujours usé de magie dans ses compositions, une alchimie musicale qui fait que chacun de ses albums renferme une écriture ciselée, couplée à des mélodies et des refrains enivrants. Cette personnalité musicale lui a valu au fil des années le plus grand respect des artistes du genre et même au-delà, avec comme preuve de cette estime internationale, la publication de 2 albums successifs de « Co-Starring » avec en autres les Larkin Poe, Tyler Bryant, Ringo Starr, Willie Nelson, Steve Earle, Joe Walsh, Ashley McBride, Lzzy Hale, Steve Lukather, Elisa Gilkyson, Gurf Mortlix, et les autres … et au rayon des collègues et amis, Lucinda Williams, Waylon Jennings, Tony Joe White, et tant d’autres que des dizaines de lignes seraient insuffisantes pour continuer cette énumération.
Le Bottin du Rock en Chansons
Ray Wylie Hubbard a composé une nouvelle fois avec cette espèce de règle qu’il semble s’être fixé depuis le début de sa carrière : nommer une partie du bottin des artistes qui l’ont impressionné dans ses morceaux. Par le passé, il nous avait habitué à en parsemer quelques uns à la volée, mais sur Reel 2 Reel 4 Real, il réussit le pari d’afficher quelques étoiles de la musique américaine, britannique… ou Hollandaise 🙂 dans quasiment tous les morceaux (Bob Seger;Neil Young, Golden Earring (<= ce sont eux les Hollandais!),Robert Johnson,JJ Cale, Charlie Watts & Keith Richards et par 3 fois les Stones, Jimmy Reed, The White Stripes, Fred McDowell, Robert Palmer, Charlie Patton, sans oublier ce clin d’oeil à la belle Jolene de Dolly Parton* [Cobwebs], à Townes Van Zandt [Gods Playing Poker] et à Howlin Wolf [El Diablo Esta Ganando]. J’en ai peut-être oublié en route… *NB :A l’heure où s’écrit cette chronique, nous avons appris avec une douloureuse et profonde tristesse le décès de Dolly Parton. C’est assez cocasse de retrouver chacun de ces illustres personnages dans des situations ou positions dans lesquelles on ne les attend ou n’imagine pas. Et c’est bien là tout le talent de songwriter de Ray Wylie Hubbard, désigner par exemple Robert Palmer comme le créateur du Delta Blues en lieu et place des Charley Patton et autre Robert Johnson, (ok, j’avoue qu’il faut remettre cette affirmation dans le contexte de ce « Bon Gros Blues » [Cobwebs] :
Elle a ce tatouage en dessous du nombril, il y est écrit “La vertu est surévaluée” en latin minuscule, Elle affirme que Robert Palmer est le père du Delta Blues, Ce n’était pas Robert Johnson ou Charlie Patton…
J’ai piqué la bagnole à papa…
I stole my daddy’s car when I was 16 My cassette mixtape was playing Golden Earring
C’est ainsi que démarre le disque avec le titre Cassette Mix Tape. Les premiers mots que l’on entend sur Reel 2 Reel 4 Real nous ramènent àde vieux souvenirs d’adolescence. « J’ai piqué la bagnole à papa quand j’avais 16 ans pour partir en road trip avec mon pote Jack, le lecteur de cassette jouait Golden Earring » , groupe de rock Néerlandais qui fut un des touts premiers à réaliser une tournée aux États-Unis à la fin des années 60. Le reste de la chanson est à l’image de l’écriture de Ray Wylie Hubbard, un joli conte où réalité et fantasmes se côtoient fort probablement, Gwyneth et Ruby, deux nanas dévergondées ayant pris place dans la Chevrolet Vega imaginée par Ray Wylie et Jack en Pontiac Grand Prix du haut de leurs 16 ans. La bande son de ce road-movie est composée de références directes à Bob Seger, Neil Young et les Rolling Stones, difficile de ne pas accrocher.
Michelle White en co-writer…
TONY JOE WHITE était (Paix ait son âme) un très grand ami de RAY WYLIE HUBBARD. Le Swamp Fox ou Renard des Bayous avait offert une pédale wha-wha signée à Lucas Hubbard alors que celui-ci apprenait à jouer de la guitare. Lucas Hubbard est désormais un excellent guitariste qui accompagne son illustre papa sur les scènes du monde entier et que l’on retrouve sur à peu près tous les titres de l’album Reel 2 Reel 4 Real. On ne sera pas vraiment surpris d’y retrouver également Michelle White, la fille de Tony Joe, à la composition et aux « backing vocals » de Look What the Cat Drug In, ce qu’il est coutume d’appeler une « funny song ». Lors de l’émission que j’avais consacrée à Tony Joe White, Michelle en était l’invitée et elle avait révélé la création de cette chanson bien avant la publication de l’album, ré-écoutons ce passage :
Extrait de l’interview de Michelle White en Mars 2026 pour le podcast Juke Box du Delta Man au sujet de sa collaboration avec Ray Wylie Hubbard…
Funny Songs…
Au rayon des « funny songs », une autre histoire drôle met en scène les Dieux autour d’une partie de Poker. Les divinités choisies sont Zeus et Odin, qui mythologiquement sont le même Dieu, le premier dominant la Grèce antique, le second la mythologie Nordique. Quoi qu’il en soit, ils se retrouvent à une table de Poker d’un Casino de Reno dans le Nevada en compagnie de Jesus, de Shiva, et plus surprenant de Medusa, ce monstre féminin qui n’était pas une divinité, récupérée de la mythologie Grecque, coiffée d’une terrifiante chevelure composée de serpents et dont le regard pouvait changer quiconque en statue de pierre. On sait que les serpents et Ray Wylie Hubbard, c’est une vieille histoire [Snake Farm – 2006] Si vous avez écouté mon podcast [Voir plus haut] ou si vous connaissez suffisamment Ray Wylie Hubbard, vous savez que sa relation avec Dieu et le Diable a toujours fait l’objet de sujets dans ses albums, il n’y a qu’à écouter Conversation With The Devil sur l’album Crusades of the Restless Knights pour s’en rendre compte. Mais revenons à cette partie de de poker pendant laquelle la radio diffuse Mr. Gold and Mr. Mudd, une chanson de Townes Van Zandt, Roi (Dieu?) des songwriters Texans dont Ray Wylie Hubbard est un immense fan, et qu’il a réussi à placer (une nouvelle fois) dans cet album. Poser presque innocemment Townes Van Zandt dans une chanson qui évoque les Divinités, c’est asseoir Townes sur le même divan céleste, et force est de reconnaitre qu’il le vaut bien… La tension monte au fur et à mesure que la partie de cartes Divine se précise et va se finir en monstrueuse dispute, ce scénario semblait inévitable dès le premier couplet… Nous Français, y verrons forcément un effet miroir avec la partie de cartes de Pagnol, bien que dans la trilogie Marseillaise, ça ne finit pas en pugilat déclenchant une tornade sortie des Enfers…
Illustration de la chanson Gods Playing Poker réalisée par une IA pour le site jukeboxdudeltaman.fr
Medusa flips her hole card showing 4 queens Zeus says “Your down card was a black deuce.” Jesus yells “You son of a bitch, These cards are marked.” Buddha whispers “Om mani padme hum” but all hell breaks loose.
Medusa présente son jeu avec 4 Reines Zeus dit “Ta carte retournée était un As de Pique” Jesus crie “Fils de pute, ces cartes étaient marquées.” Buddha murmure alors “Om mani padme hum” et l’Enfer se déchaine.
Mike Campbell Invité Prestige
« Thank you to Mike Campbell for an incredible experience, you rock… »
Mike Campbell (Photo: Chris Phelps)
A l’occasion d’un « reel » publié sur ses réseaux sociaux quelques jours avant la parution de Reel 2 Reel 4 Real, Ray Wylie Hubbard avait révélé la présence de Mike Campbell sur 2 titres… rien que ça ! Mike Campbell est une Légende vivante avec un L majuscule ! Guitariste et co-writer de Tom Petty depuis ses débuts, ils s’étaient connu dans les années 70 lorsque Tom Petty cherchait un nouveau guitariste pour son groupe Mudcrutch. Une fois engagé, Mike Campbell allait rester auprès de Tom Petty pendant cinq décennies, jusqu’au décès de celui-ci, écrivant conjointement de multiples chansons et produisant ce son-signature qui fera la réputation des Heartbreakers de Tom Petty. Alors, le voir apparaitre sur 2 titres du petit dernier de Ray Wylie Hubbard, oui, on peut véritablement parler de Légende… De ces 2 titres, on retiendra en premier, l’hommage rendu à JJ CALE, She Plays Crazy Mama, une sombre histoire de Vaudoo sur un tempo laidback si cher à JJ Cale. Cette chanson bénéficie de la participation aux chœurs de Christine Lakeland, la veuve de l’homme de Tulsa.
Elle travaille son Mojo quand le soleil se couche. J’attends juste de pouvoir foutre le camp de Tinsel Town* Elle regarde la fumée s’élever alors qu’elle expire, Elle joue Crazy Mama de JJ Cale
* NB:Tinsel Town est un des surnoms donnés à Hollywood, et à l’industrie cinématographique en général, mais peut également faire référence directe au village du Père Noël (Tinsel = Guirlande)
The Night est le second morceau dans lequel apparait Mike Campbell. Titre qui clôture l’album et qui trouve le sexagénaire dans une forme éblouissante, tout comme il nous le prouve d’ailleurs dans son 4ème album Missions of Mercy avec son groupe The Dirty Knobs… Le clip de The Night aux images psychédéliques a été créé par Lucas Hubbard, fils guitariste, et visiblement monteur cinéma à ses heures. Du pur songwriting que cette chanson qui semble répertorier à peu près tout ce que l’on peut faire de mal au cœur de la nuit.
The night is when a deal with the devil is made Nothing good happens after midnight La nuit, c’est quand tu pactises avec le diable Rien de bon n’arrive après minuit
Ces 2 seuls titres co-produits par Mike Campbell furent enregistrés à Los Angeles, mais l’histoire ne nous dit pas (pour le moment) si le magnéto « Reel To Reel » avait fait le déplacement…
Un Disque Essentiel !
Reel 2 Reel 4 Real est un disque à rajouter dans sa CDthèque ou Vinylothèque, un disque estimé aujourd’hui comme essentiel. Essentiel, parce qu’il s’agira probablement du dernier enregistrement complet de Ray Wylie Hubbard, un testament musical en quelque sorte. Essentiel, parce que ses talents de songwriter et de compositeur de génie se sont bonifiés avec l’âge, et Essentiel, car indubitablement, ce vieux Barde Texan (originaire d’Oklahoma tout comme JJ Cale) reste un génie bien trop méconnu de notre côté de l’Atlantique, à classer dans votre répertoire aux côtés de Townes Van Zandt dans un registre plus joyeux, de Lucinda Williams pour le côté « vie réelle » de ses compositions, et pourquoi pas proche de Tom Petty pour le son chargé en Americana, ce mélange hybride de tex-mex, de rock, de blues et de country. Je vous avais prévenu dès le début de cette revue d’album que l’impartialité ne serait pas au programme, mais d’un autre côté, écouter un disque avec autant de gens qu’on aime, c’est difficile de l’être [Impartial…] 🙂
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